Tennis, rugby, golf, bridge : ce que recouvre l'expression Grand Chelem selon les disciplines, et ses variantes.

L'expression vient du bridge, où le grand chelem désigne la levée de la totalité des plis. Elle a été reprise par le sport pour nommer un accomplissement total, remporter tout ce qu'il y avait à remporter, et son contenu change complètement d'une discipline à l'autre.
Le Grand Chelem désigne la victoire, la même année civile, aux quatre tournois majeurs : l'Open d'Australie, Roland-Garros, Wimbledon et l'US Open.
Sa difficulté tient aux surfaces. Dur en Australie et à New York, terre battue à Paris, gazon à Londres : la vitesse de balle, la hauteur de rebond et les appuis diffèrent radicalement. Un joueur doit modifier sa longueur de frappe, son glissement, sa gestion des points et son temps de préparation en quelques semaines. Le format en cinq sets chez les hommes ajoute une exigence d'endurance et de récupération.
Trois notions coexistent, souvent confondues. Le Grand Chelem calendaire : les quatre titres la même année, accompli très rarement dans l'histoire du jeu. Le Grand Chelem sur la carrière : les quatre titres, à n'importe quel moment, ce qui est nettement plus fréquent. Et le « Chelem Boucle », quatre titres consécutifs mais à cheval sur deux années civiles.
S'y ajoute le Golden Slam, qui associe les quatre tournois et le titre olympique la même année : une seule joueuse l'a réalisé.
Dans le Tournoi des Six Nations, le Grand Chelem désigne la victoire sur l'ensemble des cinq matchs d'une édition. Il se distingue de la Triple Couronne, qui concerne uniquement les quatre nations britanniques et irlandaise : l'une d'elles la remporte en battant les trois autres.
La difficulté est d'un autre ordre qu'au tennis : elle tient au calendrier resserré, aux déplacements et à l'alternance domicile-extérieur, qui fait qu'une équipe doit gagner deux ou trois matchs hors de chez elle.
Les quatre majeurs masculins sont le Masters, le championnat de la PGA, l'US Open et l'Open britannique. Le Grand Chelem calendaire n'a jamais été réalisé dans l'ère moderne ; le Grand Chelem sur la carrière l'a été par une poignée de joueurs.
Le circuit féminin compte cinq tournois majeurs, ce qui déplace la définition. Ces différences de format expliquent que les comparaisons entre disciplines et entre époques soient toujours discutables.
Le grand chelem consiste à s'engager à réaliser les treize levées d'une donne et à y parvenir. Le petit chelem porte sur douze levées. L'enchère est risquée : la prime est considérable, et l'échec coûte cher, ce qui est exactement l'image que le sport a reprise.
Elle nomme un accomplissement qui ne se réduit ni à un titre ni à un classement : elle mesure la capacité à s'adapter à des conditions différentes sur une saison entière. C'est ce qui la rend plus parlante qu'un palmarès, et c'est aussi ce qui explique qu'elle reste rare, dans toutes les disciplines qui l'emploient.